La rivalité entre Saint-Omer et Arras

« Le chef-lieu définitif de la nouvelle région (sera) pris par décret en conseil d’Etat avant le 1er juillet 2016 après avis du conseil régional » (citation du projet de loi publiée par le journal Le Monde du 20/11/2014. Lille sera-t-elle la capitale de cette nouvelle région ? Elle est actuellement le chef-lieu du département le plus peuplé de cette région qui va compter plus de 6 millions d’habitants. Mais elle est plutôt excentrée : plus de 150 km la sépare de Beauvais * (194 km par autoroute).

L’intérêt de ce découpage me laisse dubitatif. Peut-il concourir à l’essor économique de l’ensemble du territoire ? La représentation des différentes parties de ce territoire va être diluée dans la nouvelle assemblée régionale qui va être constituée. Cette réforme ne me semble pas aller dans le sens du développement de la démocratie.

Dans la lecture que j’ai entreprise de la correspondance municipale de St-Omer, il y a beaucoup de courriers relatifs au découpage des départements et des prérogatives de leurs chefs-lieux. Il y eut, en particulier, une longue lutte opposant Arras et St-Omer. Ci-dessous un courrier écrit par le maire de St-Omer.

Copie de la lettre du 14 février 1812 à Monseigneur le Ministre Secrétaire, le Comte DARU

(Correspondances Municipales de St-Omer – MS1436 – n° 5595)

Il faut avoir la conviction bien acquise de votre bienveillance pour oser réclamer l’un de vos instants, puisque tous sont consacrés à des intérêts de la plus haute importance ; mais, vous avez habité St-Omer. L’aménité qui vous caractérise vous a concilié l’amour de ses habitants, j’ose donc vous prier d’épouser leur cause.

Cette ville dont vous connaissez la situation topographique et centrale a obtenu de sa Majesté (par décret du 18 août 1810) le Siège des Assises du Pas-de-Calais. Cette centralité lui avait fait obtenir, en l’an 4, le Siège de la Cour de Justice Criminelle du même Département : celui des Etats majors de l’Armée a été dû en partie à cette considération.

La fixation des Assises, quoique si justement acquise, ne laisse d’être aujourd’hui jalousée par la Ville d’Arras qui voudrait faire oublier qu’elle occupe le point extrême du ressort administratif dont elle est le chef-lieu, en dépit de toutes les considérations d’intérêt public.

Il n’est pas possible de croire, je l’avoue, que cette Ville puisse fasciner les yeux des Autorités Supérieures, au point de lui faire exprimer, comme elle et avec elle, le vœu de la transformer aussi en chef-lieu judiciaire. Un premier abus n’en peut légitimer un second, et certes, le premier n’eut point eu lieu, si les rênes de l’Etat eussent reposées en 1790 entre les mains du héros qui nous gouvernait…

Je vous supplie, Monseigneur, dans le cas où les prétentions de la Ville d’Arras parviendraient jusqu’aux pieds du Trône de sa Majesté, de vouloir bien éclairer sa religion. Le mémoire joint à cette lettre (mémoire que je viens d’avoir l’honneur d’adresser à LL. EE. les Ministres de l’Intérieur et Grand Juge) éclairera parfaitement la vôtre. Recevez, dès maintenant, le tribut de reconnaissance de la Cité qui aime tant à se rappeler des jours où vous l’honoriez de votre présence et permettez-moi de joindre à ce sentiment, l’hommage de la haute considération…

(Un petit rappel : Arras avait été sous l’Ancien Régime le siège du Conseil d’Artois, d’où sa prétention de rester un chef-lieu judiciaire.)

* Beauvais est plus proche de Paris que de Lille…