Lettre de rémission pour Philippe DESGARDINS

En poursuivant aux Archives Départementales du Nord la recherches de lettres de rémission de personnes originaires de l’Audomarois, J’ai trouvé dans le registre côté B 1 771, une lettre relative à Philippe DESGARDINS, laboureur à Quelmes.

Phle, etc… Savoir faisons à tous présents et à venir , nous avons reçu l’humble supplication de Phles DES GARDINS, laboureur bien famé et renommé du bailliage de Quelmes sous notre bailliage du château de St-Omer, chargé de femme et enfant, contenant comme le dimanche qui suit le jour de la Magdeleyne en cet an 1559, icelui suppliant, ayant entre autres acheté quelques advestures qui s’étaient vendu audit lieu par criée, s’était transporté vers le village de Serque, après avoir retourné vers sa maison, et u avoir pris son épée pour audit Serque boire le vin du marché avec plusieurs autres assistants, ente lesquels un nommé Hector, son valet, qui menait quant et soi, et était aussi présent défunt, Phles LAMIABLE, son cousin germain de par sa femme, pareillement laboureur, demeurant au village d’Estrehen,

Le texte est ensuite plus difficile à relever. Voici ce qu’il m’a semblé comprendre :

Une dispute éclata entre les deux Phles à propos du prix des advestures, à savoir s’il était de 59 sols plus deux sols de vin la mesure ou 61 sols et deux sols de vin. Philippe DESGARDINS traita plusieurs fois de mauvais Français Philippe LAMIABLE, qui répondit ‘que l’on ne pouvait être tout d’un pays et qu’il était bourgeois de St-Omer où il trouverait autant d’amis comme lui’ Le suppliant répliqua en usant de ces mots ; ‘est… qu’ung bourguignon a but à ung un meschant franchois, l’appellant quelques fois un francois renye‘. Philippe LAMIABLE lui envoya alors un pot de grès à la tête. Le suppliant dégaina alors son épée, mais la laissa tomber par terre. Ils se battirent alors à coups de poing, tombant tous deux par terre, puis furent séparés par les assistants. Philippe DESGARDINS sortit du cabaret avec Jehan DE LATTRE, lieutenant de la prévôté de Quelmes, mais comme il voulait récupérer son épée, il revient sur les lieux, où ‘un nommé Hector serviteur audit suppliant se serait approché dudit feu LAMIABLE et le frappe d’un coup d’épée sur sa tête‘. Ledit suppliant s’approcha sans aucun bâton. Ils tombèrent alors par terre, ‘le suppliant demeurant dessous’. ‘Ils furent séparés l’un de l’autre, et ainsi se partirent, et quelques jours après comme entendit ledit suppliant (que) serait ledit LAMIABLE terminé de vie par mort de la dite blessure qans que ledit suppliant lui eut donné charge de frapper’. Appelé au bailliage pour être inculpé d’homicide, Philippe DESGARDINS quitta alors le pays, où il veut retourner, d’où la demande de rémission pour les outrages et la rixe.

La lettre de rémission fut accordée en janvier 1559.

(Il y a apparemment un problème de date : d’après le préambule, la rixe mortelle a eu lieu en 1559 le dimanche après la Madelaine, fête célébrée le 22 juillet ; ce pourrait être en fait 1558 et la lettre de rémission accordée 6 mois après.)

 

A l’époque, l’Artois n’appartenait pas à la France, mais à l’un des descendants des ducs de Bourgogne, le roi d’Espagne ; mais Estrehen se trouvait à proximité du comté de Boulogne, qui faisait partie du royaume de France. Philippe DESGARDINS considérait donc que son cousin par alliance était un étranger.

Une question se pose : Hector, le serviteur de Philippe DESGARDINS, est-il celui qui a effectivement blessé à mort celui qui s’était battu avec son maître? La description des faits est plutôt confuse : les deux Philippe ont roulé deux fois par terre et, entre deux, le coup fatal aurait été porté par le domestique.

Philippe DESGARDINS, accompagné du lieutenant de la prévôté de Quelmes, Jehan DE LATTRE, est un laboureur aisé et est présenté de bonne réputation. Il est cité dans plusieurs rapport de dénombrement : voir

http://bchovaux.fr/travaux/Quelmes.pdf

 

C’était le frère de l’un de mes ancêtres Andrieu DESGARDINS (cf. http://bchovaux.fr/Noms/62/DESGARDINS.pdf) et père d’un autre Philippe DESGARDINS :

Cm 09/01/1591 acte 11

  • DESGARDIN Philippe, ass. de Philippe DESGARDIN et Nicolle VAN CLYTHE ses père et mère, Robert DESGARDIN son fr., Christophe DE LATTRE escuier son b.fr.
  • DU SAULTOIR Anne, ass. de Jacques DU QUESNOY, Sr du Longprey son b.père et Dalle Jacqueline DAENS sa mère, Nicolas DAENS Sr du Parquet son oncle, Jacques DE LE NORT et Jehan ROHART ses b.oncles.

(acte du Gros des Notaires de St-Omer – relevé de Philippe DERIEUX)

 

Peu d’informations en revanche sur Philippe LAMIABLE. Il fut admis bourgeois de St-Omer en 1546 (Compte des Argentiers de St-Omer – 1545-1546 – et la liste des bourgeois de St-Omer publiée par Philippe DERIEUX) et il est cité dans le contrat de mariage du 03/08/1551 entre son beau-fils, Jacques DE LE NORT, et Colline DU SAUTOIR. Sur Geneanet, au 16ème, il y avait quelques LAMIABLE dans le Boulonnais.