Morts à l’usine ou sur un champ de bataille

Je m’intéresse maintenant aux collatéraux. En travaillant sur les DELALIAUX et en effectuant une recherche sur le site de la Bibliothèque de Saint-Omer dans la collection numérisée dans la collection numérisée d’un journal local, le Mémorial Artésien, j’ai trouvé l’article suivant

Wardrecques – Terrible accident

Un terrible accident est arrivé vendredi matin, à 11 heures, à la distillerie Porion.

Le jeune Delaliaux, Clément, âgé de 18 ans, se trouvait dans la cuve où l’on met le jus en fermentation.

Par suite d’un dégagement d’acide carbonique, Delaliaux eut un commencement d’asphyxie qui lui fit perdre l’équilibre et fit qu’il fût précipité la tête en avant dans la cuve dans laquelle il ne restait qu’un mètre 5 centimètres de jus.

Les ouvriers qui travaillaient aux cuves voisines, entendant la chute du corps, se portèrent immédiatement au secours du malheureux Delaliaux.

Mais lorsqu’ils eurent retiré la victime de ce terrible accident, l’asphyxie était complète, et malgré tous les soins qui furent mis en œuvre, Delaliaux était mort.

Les obsèques ont lieu aujourd’hui à Wardrecques.

Triste coïncidence : il y a dix ans, jour pour jour, date pour date, dans la même usine, le 11 novembre 1882, le frère de Clément Delaliaux, Hector Delaliaux, âgé de 16 ans, était pris au milieu des courroies et des engrenages, était affreusement mutilé, et mourait quinze jours après dans d’horribles souffrances.

 

(Edition du 14 novembre 1892)

 

Dans un autre numéro du Mémorial, en date du 15/11/1882, une notice nécrologique mentionnait le décès de Hector. Et, en consultant le site des Archives Départementales, je retrouvais l’acte sur le registre de 1882 de St-Omer : Hector est décédé le soir du 10 novembre 1882 à l’hôpital Saint-Louis de Saint-Omer ; son décès fut déclaré le jour suivant par Ambroise WATTEZ, économe des hospices, et Principe FILLEUL, sous-économe des hospices.

L’article sur l’accident de Clément comportait une erreur : Hector était mort avant le 11 novembre 1882.

Au début de mes recherches, en parcourant le microfilm de l’état-civil de Wardrecques (à l’époque, il n’était pas encore numérisé), j’avais vu l’acte de décès de Clément, en cherchant celui de sa tante, Stéphanie DELALIAUX, mariée à François CADART, l’une de les arrière-arrière-grand-mères. Cet acte indiquait que Clément était mort ‘en l’usine de Wardrecques, au lieu-dit du Pont d’Acquin‘ et avait été enregistrée, par Pierre PORION, alors maire de Wardrecques.

J’ai ensuite cherché des informations sur la distillerie Porion et trouvé un article de la Voix du Nord en date du 16/03/2017 qui retrace l’historique de cette usine qui fut créée par Eugène PORION, le père de Pierre, qui est décédé en 1889. Il est écrit dans cet article que ‘Monsieur Porion était considéré comme un patron humain, aimant ses ouvriers’…

Alors que le Code du Travail est remis en question, il ne faudrait pas oublier qu’il résulte des luttes menées pour la protection des travailleurs.

Hier, j’ai aussi trouvé, en regardant sur le site des Archives Départementale du Pas-de-Calais les fiches matricules, que deux autres frères DELALIAUX, Henri et Clément, qui étaient des fils de Cyrille DELALIAUX et de Philomène DUVAL, un autre neveu de Stéphanie, étaient ‘morts pour la France’ le même jour, le 11 octobre 1915, sur la côte de Tahure.